Philosophie d'investissement

La discipline plutôt que l'instinct

« Évaluer le risque de marché par rapport à celui de l'inaction.
Laisser le temps jouer son rôle.
Diversifier sans céder aux modes.
Identifier ses propres biais… »

Pris isolément, certains principes sonnent comme une évidence.
Réunis, ils dessinent une méthode.

L'inflation transforme l'épargne dormante en perte certaine

L'inflation transforme l'épargne dormante en perte certaine. Investir n'élimine pas le risque mais l'absence d'investissement, elle, garantit la perte de valeur.

À 3 % d'inflation annuelle, 100 000 € non investis perdent plus de 25 % de leur pouvoir d'achat en 10 ans. Ne rien faire a un coût certain.

Le risque ne disparaît pas quand on évite les marchés, il devient simplement invisible, jusqu'au jour où l'on en mesure le coût.

Graphique : érosion du pouvoir d'achat de 100 000 € non investis sous l'effet d'une inflation de 3 % par an sur 10 ans.

Plus l'horizon est long, plus la capitalisation travaille pour vous

Chaque euro épargné produit des intérêts, qui eux-mêmes produisent des intérêts. Cet effet, presque invisible les premières années, devient déterminant sur quinze ou vingt ans.

Attendre le bon moment semble prudent, mais chaque année de report coûte plus cher que la précédente, car c'est le temps qui fait la différence.

Graphique : effet des intérêts composés sur un capital investi, dont la croissance s'accélère avec l'horizon de placement.
Source : JP Morgan Asset Management

Un rendement ne se définit jamais seul

Viser un rendement sans définir le risque associé est une approche incomplète. Ces deux dimensions sont indissociables : plus l'espérance de gain est élevée, plus la volatilité l'est également.

La volatilité, c'est l'ampleur des variations d'un portefeuille : plus elle est élevée, plus les hausses et les baisses sont marquées en cours de route, même si la destination finale reste la même.

Graphique : le couple rendement / risque par classe d'actifs, où plus l'espérance de gain est élevée, plus la volatilité l'est également.
Source : JP Morgan Asset Management

Le temps est le meilleur allié de l'investisseur en actions

Les marchés actions offrent historiquement le meilleur rendement, avec également la plus forte volatilité : plus les actions sont conservées longtemps, plus la probabilité d'une performance positive augmente.

Graphique : plus la durée de détention des actions s'allonge, plus la probabilité d'une performance positive augmente.
Source : Standard Chartered Plc

La diversification fonctionne d'autant mieux que les actifs évoluent différemment

Combiner plusieurs actifs décorrélés réduit le risque d'un portefeuille sans nécessairement dégrader son espérance de rentabilité. C'est la seule « vérité » sur laquelle la communauté financière s'accorde presque unanimement depuis les travaux de Markowitz.

Rester serein quel que soit le régime économique. Il existe plusieurs façons de diversifier un portefeuille : par classes d'actifs, par zones géographiques, par secteurs, ou par facteurs de risque. Chaque régime économique profite à des actifs différents. Diversifier ainsi, c'est renoncer à parier sur le régime économique de demain, hors effet de mode ou market timing, pour rester exposé, en toute circonstance, aux actifs qui en profitent.

Mécanisme : Quand le prix du pétrole grimpe, une compagnie aérienne voit ses coûts de carburant s'envoler et ses marges se comprimer, mais le producteur de ce même pétrole engrange des revenus plus élevés. Au sein d'un portefeuille diversifié, ce qui pénalise un secteur profite mécaniquement à un autre, comme des vases communicants. Les actifs réels, eux, voient leur valeur suivre naturellement la hausse générale des prix.

Actifs porteurs : Producteurs de matières premières et d'énergie, actifs réels (foncier, infrastructures), or, obligations indexées inflation

Mécanisme : Un mouvement de report des capitaux vers la sécurité : les investisseurs délaissent les actifs jugés risqués pour se réfugier vers les émetteurs souverains les plus solvables et les devises perçues comme des valeurs sûres, dans un contexte de repli de l'activité et de baisse des taux directeurs.

Actifs porteurs : Or, yen, franc suisse, obligations d'État en devises fortes, secteurs défensifs (santé, consommation de base)

Mécanisme : Prenons un constructeur automobile : son usine, ses salaires, ses équipements coûtent la même chose que les ventes progressent de 5 % ou de 20 %. Quand la demande accélère, ce surplus de ventes tombe presque intégralement dans le résultat : la rentabilité progresse donc plus vite que le chiffre d'affaires lui-même. À cela s'ajoute un effet miroir : ces valeurs, boudées et sous-valorisées pendant les phases molles, redeviennent recherchées dès que le cycle repart, ce qui tire leur cours vers le haut une seconde fois.

Actifs porteurs : Actions cycliques (industrie, consommation discrétionnaire, financières), petites capitalisations, matières premières industrielles

Mécanisme : Le scénario le plus pénalisant pour un portefeuille classique combinant actions et obligations traditionnelles (répartition dite 60/40) : la hausse des taux fait chuter la valeur des obligations, tandis que la faible croissance pèse sur les résultats des entreprises. Les deux piliers d'un portefeuille standard se dégradent en même temps. Seuls les actifs réels et les stratégies non liées à la politique monétaire des banques centrales résistent dans ce contexte.

Actifs porteurs : Or, matières premières, actifs réels, stratégies alternatives décorrélées, duration courte

Se protéger de soi-même autant que du marché

Tout investisseur est soumis à des biais émotionnels qui influencent son analyse, en particulier dans les phases fastes.

Mécanisme : Après une série de décisions fructueuses, on surestime sa capacité à prédire les marchés, ce qui conduit à une concentration excessive du portefeuille au moment précis où la prudence serait de mise.

Conséquence : Sur-pondération d'une conviction unique, perte de la diversification qui protège en cas de retournement

Mécanisme : La surconfiance pousse à ne rechercher que les informations qui confirment une thèse déjà installée, en écartant les signaux contraires, ce qui renforce encore le premier biais.

Conséquence : Aveuglement face aux signaux d'alerte, maintien d'une position perdante trop longtemps

Mécanisme : Une perte de 1 000 € fait plus mal qu'un gain de 1 000 € ne procure de plaisir : à intensité égale, la douleur pèse environ deux fois plus lourd que la satisfaction. Cette asymétrie pousse à des décisions irrationnelles pour éviter de matérialiser une perte, même quand la rationalité économique dirait de vendre.

Conséquence : Refus de solder une ligne perdante en espérant « revenir à zéro », alors que les capitaux seraient mieux employés ailleurs

Mécanisme : Conséquence directe de l'aversion à la perte : on vend trop tôt les positions gagnantes, par peur de voir le gain s'évaporer, et on garde trop longtemps les positions perdantes, en attendant un hypothétique rebond.

Conséquence : Un portefeuille qui se vide peu à peu de ses meilleures idées et se remplit de ses pires

Mécanisme : On accorde un poids disproportionné aux événements récents, au détriment de l'historique plus long : une hausse de trois mois suffit à faire croire qu'une tendance est acquise, un krach récent suffit à faire craindre qu'il se reproduise indéfiniment.

Conséquence : Achat au sommet par euphorie, vente au creux par panique : l'inverse de ce que la discipline recommande

Mécanisme : La première information reçue (un prix d'achat, une valorisation passée) sert de référence mentale durable, même quand elle n'a plus aucune pertinence économique.

Conséquence : On refuse de vendre une action tant qu'elle n'est pas « revenue à son prix d'achat », un chiffre qui n'a pourtant aucun lien avec sa valeur future

Mécanisme : En période d'incertitude, suivre la foule rassure : si tout le monde achète, cela doit être une bonne idée. Ce réflexe grégaire est renforcé par la peur de « rater » un mouvement (FOMO).

Conséquence : Entrée tardive sur des actifs déjà chers, sortie collective au pire moment lors des corrections